Galerie 2001
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Création: Yves Bauler Guy Himmelsbach

 

YVES PAGART VU PAR SYLVAIN KNECHT

 

Rue des trois Boulangers, on avait coutume de pétrir, à mains nues, les pâtes molles, avec cette joie intérieure d’être utile à la société des hommes. Yves y a débarqué un beau jour, en provenance de la rue des Parmentiers, période transitoire avec histoire, de femmes bien sûr, quittant le " gros Claude " pour suivre à la trace une petite brunette au caractère en acier trempé. Lui qui se serait bien imaginé John Wayne pour prendre Maureen O’Hara dans ses bras, n’allait pas laisser passer Mireille sans rien tenter. Il ignorait simplement qu’il venait de rencontrer sa muse, l’élément déterminant comme il l’affirme à vous mettre le coups de pieds au derrière qui vous fera avancer.

Des dessins publicitaires, de l’Aérographe, il avait donné. Sa vie s’était écoulée pépère entre Gorze et le Républicain Lorrain, les descentes de la Gorzia et les week-ends au Touquet, à chercher à prendre le vent pour s’enivrer de vitesse en pilotant son char à voile.

Ah!! l’amour détonateur, le feu et la courbe, le fer et la lumière, Yves venait de saisir ce qu’il avait toujours cherché sans oser trop y croire, jouant de cette humilité feinte chaque fois qu’on le poussait à créer, réalisant enfin que l’alibi devant l’angoisse de la page blanche venait de sauter. Il allait se mettre à l’ouvrage.

Évidemment, tout était déjà en place pour le quadrille: son enfance dans l’atelier de son père, l’initiation au bricolage, la découverte des formes, les années passées aux " beaux arts ", les caresses sur le bois tendre après l’attaque du ciseaux qui lui avaient procurées déjà tant de plaisir.

Yves, vieux charmeur, les formes que tu dessines sont rondes, généreuses et invitent à la caresse. Comment ne pas laisser glisser la paume le long des cuisses de la " belle Otéro ", ne pas sourire devant la " Girafe ", le fauteuil " Dada ", la   " Poupoule ".

Quel regard lances-tu vers le monde animal pour en saisir en trois coups de crayon l’âme cachée. Fils de Pub et bon dessinateur, qui aurait pu cependant imaginer que tu parviendrais aussi facilement à apprivoiser la tôle comme tu en parles avec chaleur et cet incroyable accent " chti " à faire chanter le métal.

La vie à l’état sauvage t’a toujours fasciné, et on ne compte plus les voyages qui t’ont menés au bout du monde, le plus souvent avec le sac à dos, pour te fondre littéralement dans les environnements rugueux, dormant toujours " à la belle ", et pêchant ton poisson avec passion.

C’est là que tu t’es nourri de Nature, ne refusant jamais le contact avec les êtres humains, respectant les animaux dont tu croisais le chemin. Un soir de juin, un grand loup t’a fixé au milieu de la forêt Alaskane, sans peur, sans chercher à t’intimider, il s’en allait simplement boire à la rivière lorsqu’il t’a surpris. De ses yeux a glissé une étincelle de liberté qui t’a touchée au coeur, te rappelant que tu n’es qu’un homme, visitant son territoire.

Transmettre l’amour de la vie, ton écriture s’articulera autour du métal. Tu aimes son contact, sa force et sa souplesse. Quelques essais à la forge, celle de ton atelier murmure comme une invitation à la danse du feu, tu en sortiras entre autres le fauteuil  " Ibis " et la table " Bélier ", mais tu n’es pas complètement satisfait.

En y réfléchissant, c’est certainement dans cet instant béni des Dieux que tu réalises que tu es " dur de la feuille ", séquelle d’un accident de char pendant ton service militaire. Ta décision est prise, tu courberas la feuille de métal, plus légère, plus lisse.A l’assemblage, souder à l’arc n’est pas un problème, mais comment parvenir à donner du volume, de la rigidité aux formes qui naissent entre tes doigts. Quelques tâtonnements et tu mettras au point un système que tu nommes un peu pompeusement " La Triangulation ": on peut presqu’ entendre les hurlements de la Belle, meurtrie dans sa chair par la poigne caleuse de son assassin. Pour qui connait tes mains puissantes, le métal n’a plus qu’à bien se soumettre.

Quel bonheur de ne faire qu’un avec lui. Tu trouves vite ton allure de croisière et les pièces viennent naturellement, tantôt sièges et tables, tantôt commodes ou luminaires.

Les formes sont simples, épurées, il reste à parfaire leur identité en leur donnant une patine.

Séquence tâtonnements; quelques aventures du côté des fèves collées sur le fer, puis miracle, un soir, tu redécouvres dans ton atelier la technique ancestrale de la laque de chine, après avoir enduit l’armoire " Pan " d’une bonne vingtaine de couches de pigments végétaux, poncées chaque fois avec délicatesse, toujours plus lisses, toujours plus caressantes. Ce procédé va te permettre de donner la richesse qui manquait à tes oeuvres, alliant la profondeur et la transparence, véritable transposition des  " glacis " utilisés dans la peinture classique. Les couleurs, tu va les trouver dans les minéraux et les oxydes, jusqu’au jour où une galerie te demandera de réaliser " l’Aronde " à la feuille d’or, te permettant de progresser dans l’art du patin, vite une femme Nom de Dieu!!!

L’ originalité de ton travail vient remplir une case libre dans la création contemporaine, et il n’est pas étonnant que les meilleures galeries aient cherchées à exposer tes meubles, de Barcelone à Bruxelles, des Etats-Unis au Japon, sans oublier Paris, rue de Seine.

Cependant, nul n’est prophète en son pays, qui pourrait donc imaginer qu’au coeur de "  Metz la Commerçante " Yves PAGART apprivoise la tôle avec bonheur, au milieu de ses amis, ne dédaignant pas à l’occasion d’ouvrir une bonne bouteille de " Graves Château Beauséjour-Bécaud " excellent millésime, car, ainsi que l’enseigne le baron de la Knechterie, "  il n’est point de fêtes si elles ne sont partagées ".

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Photos : Gérard Paté. Copyright©1997 Guy Himmelsbach Site hébergé par ESPACE 2001 Hébergement de Sites